Katrien de Blauwer

Coupes sur mesures.

Katrien de Blauwer, « Single Cuts », à la Galerie Les Filles du calvaire à Paris, du 10 mai au 18 juin 2016.

Maîtresse du « cut », Katrien de Blauwer décale la vision par ses montages. Celle qui n’est pas une photographe utilise des éléments du medium afin de transformer leur valeur formelle intrinsèque. La plupart des parties qui composent la partie figurative sont issues de magazines en noir et blanc des années 1920 à 1960. L’artiste en retient quelques éléments visuels et les valorise formellement par adjonction de pans chromatiques « neutres ». L’artiste ne découpe pas en suivant des formes : elle coupe des bandes visuelles afin de créer un monde qui – selon un principe abstractif – devient surréaliste.

© Katrien de Blauwer

© Katrien de Blauwer

S’engage une nouvelle lecture et des harmonies de niveaux de gris qui se marient avec des tons délavés. Cet art minimaliste est proche des conceptuels des années 60/70 : Gordon Matta et surtout Dan Graham avec ses reformatages de différents types de documents. Mais se découvre aussi  l’influence de la mode contemporaine et du cinéma – celui d’Antonioni en particulier mais aussi ceux de Resnais et Hitchcock. Darks scenes, Scenes, Single Cuts, Rendez-vous : tous ces titres rendent rappellent les principes de montage : entre autres les « Jump Cuts » de Godard et une forme d’image-mouvement (Deleuze) à travers la fixité d’apparence.

© Katrien de Blauwer

© Katrien de Blauwer

L’œuvre dégage en outre une sensualité voire un érotisme particulier à travers des éléments physiques qui semblent provenir des héroïnes des films noirs, du Néoréalisme et de la Nouvelle Vague. Silvana Mangano, Monica Vitti ne semble jamais loin comme d’ailleurs les personnages durassiens. Par sa création « instinctive » l’œuvre illustre une dynamique historique, culturelle, psychanalytique et politique qui transfère les représentations « main-street » vers l’off et l’ob-scène.

Photographie à la Une © Katrien de Blauwer.

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