Le Radeau de la Méduse

Un théâtre engagé qui résonne avec fracas.

Alors d’accord. On pouvait craindre un Thomas Jolly enfermé dans une esthétique qu’il a su fortement affirmer face à la fureur corrosive du grand William Shakespeare. On pouvait sentir un amer goût d’enfant gâté du théâtre français. Encore un pur produit du système, capable de broyer tout élan créatif honnête. Il n’en est rien. Thomas Jolly déjoue tous les pièges qui peuvent lui être tendus en se plaçant non pas comme metteur en scène monochrome démiurge de l’espace vide mais bien comme serviteur d’un texte, des comédiens, des idées et du théâtre. On se délecte d’ailleurs d’un théâtre engagé de Kaiser qui résonne avec fracas face à plusieurs véritables problématiques contemporaines. D’abord, l’écho renvoyé par ces douze enfants perdus au milieu de l’océan sur une barque, cherchant à fuir une guerre d’adultes. Ensuite l’extrémisme de principes aberrants en contre sens complet d’une religion mal comprise / connue. Pour finir, l’éternelle et très théâtrale ou cinématographique question de survie en groupe.

L’espace est simple. Presque évident. Et pourtant d’une terrifiante beauté. Les lumières et la fumée sont parfaitement maîtrisées pour nous plonger dans le récit. Ceci permet aux corps de se dessiner tant bien que mal, de s’extraire de la pénombre et offre aux comédiens la possibilité de traverser ces sept jours en mer plongés dans l’univers fort imposé par l’auteur et mis en forme par le metteur en scène.

Nous sommes embarqués par les douze comédiens du groupe 42 du TNS. Les jours défilent, nous entrons malgré-nous en empathie avec ces gamins. Thomas Jolly a le sens du spectacle, il sait nous attraper et nous prend au piège de l’émotion. Les sept jours de dérive se terminent par une annonce saisissante, les yeux s’humidifient, s’en suit un coup de théâtre qui nous remplit de frissons. Forte émotion en perspective, Thomas Jolly nous prend et fait ce qu’il veut de nous et on aime ça.

Seul bémol, parce qu’il faut bien qu’il y en ait un, un élément dramaturgique manquant dans le jeu des comédiens, l’évolution du sentiment d’oppression, d’enfermement, au fil des jours qui passent, ce qui justifie les événements à suivre.

On place ce spectacle parmi les beaux moments du festival, on souhaite tout le meilleur aux solides comédiens, aux créateurs lumière et son, et on attend avec impatience les mises en scène d’opéra de Thomas Jolly en croisant les doigts pour que le jeune metteur en scène ne se repose jamais sur ses lauriers mérités.

Le Radeau de la Méduse, par Thomas Jolly. Gymnase du Lycée Saint Joseph, à 15h, du 17 au 20 juillet et à 20h du 18 au 19 juillet. Durée : 1h45.

Photographie à la Une © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon.

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Antoine Guillot

Directeur de Publication / Auteur / Metteur en scène

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