Les Corps Vulnérables

Une tonne d’amour.

Essai de Jean-Louis Baudry « Les Corps Vulnérables » aux Éditions L’Atelier contemporain, 1 256 pages, 30€.

Il faut parfois que l’écrit fasse masse contre la mort imposée. Cela devient le seul barrage. Du moins celui que Baudry avait d’instinct choisi et qui anticipa de quelques semaines la disparition de l’aimée. Le livre charrie de manière compulsive et dans le détail l’histoire de cet amour tardif qui donna à l’auteur la « vraie » raison de vivre.

Pour autant ces plus de 1200 pages serrées ne sont en rien un pensum. L’auteur n’y cache pas les avatars de l’amour : l’aimée n’est pas prête aux concessions et Baudry lui-même devient un jaloux presque maladif. L’écart d’âge y est pour beaucoup mais cet amour prend des charmes adolescents. La passion en ses voyages devient à la fois un mystère plus qu’un problème. Il existe là des fantasmes de toute puissance chez la femme et un l’espoir d’un paradis pré-œdipien chez le vieil amant. Mais ce « journal » n’est pas une simple psychanalyse. Elle précise des enjeux convergents entre les deux amants.

Jean-Louis Baudry.

L’auteur en retrace les épisodes dans ce qui devient une suite d’« Épreuves, exorcismes » (Michaux). Baudry y fait halte et demi-tour en des parcours grevés de chutes et d’ascension en un mélange d’errances et de prostrations qui  ne signifient en rien une immobilité mais un mouvement. Il traduit à la fois une repossession de soi et une renaissance impossible. Le jour où tout aurait dû commencer quelqu’un d’autre naquit dans ce qui au fil du temps prend valeur d’un « ce fut elle j’étais dedans ». Après sa mort elle laisse l’auteur plein, mais perdu dans le vide, et pour toujours dans le noir que le texte tente d’éclairer.

Image à la Une © Éditions L’Atelier contemporain.

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