Les déviants

Les déviants

dans mon désert de Jade.

Je devais m’y attendre. C’est la suite logique, la solution facile, le résultat adéquat. Après tout, je ne vais pas me mentir, je devais y revenir. Il y a beaucoup de choses dans cette vie sur lesquelles j’aimerais revenir. Mon enfance, les erreurs que j’ai pu faire, les opportunités que j’ai consciemment laissé filer, et puis elle, surtout elle.

Mais toi, toi tu seras toujours là, n’est-ce pas ma chère Absinthe ? Ma belle et fluide Absinthe. Ne me jette pas ce regard émeraude plein de tristesse, tu sais que j’adore ça. Tu es le reflet liquoreux de mes angoisses, tu es la solitude à l’état brut, nous sommes faits pour nous entendre. Quand je n’avais plus assez de larmes pour pleurer ma nymphe, tu as hydraté mon être, lorsque son souvenir se faisait trop cruel, tu as effacé ma mémoire, le jour où elle est partie, tu as été la première responsable. Te rappelles-tu du soir où nous nous sommes rencontrés ? Oui, c’était bien avant elle, bien avant qu’elle ne creuse des rides à mon coeur, que tu as bien sûr su combler. Nous étions beaux avant.

Ton parfum de spleen m’a toujours apaisé, je le hume encore avec plaisir, un onguent d’oubli qui délivre ma conscience de son carcan de souffrance. Tu es à la fois ma plus vieille amie et mon amante la plus brûlante. L’autre ne brûlait pas, elle se consumait doucement sur les braises de ma raison. Lorsqu’elle partit enfin en fumée, volatilisée dans l’air sans se retourner, il ne restait que moi sur le lit de cendres… Alors je t’ai revue. Comment pourrais-je oublier ton étreinte ? Forte et déchirante comme un océan brisé, attirante et mystérieuse comme la lune, douce et charnelle comme le baiser d’une femme… Cette femme.

Je n’y arrive plus. Désormais ma conscience ne s’élève plus, elle ne brille plus, elle reste dans un brouillard opaque, que même toi ma douce tu ne parviens plus à dissiper. Je sombre dans les méandres de l’ivresse sans en goûter les saveurs rêveuses. Ce n’est pas ta faute, ne t’inquiète pas, c’est la mienne, la sienne, la nôtre. Une erreur d’inattention, un faux pas décisif qui fait s’écrouler, tel un château de cartes, ma tour de solitude. Cette solitude que je croyais choisir, dont je m’étais fait ambassadeur. Je me suis écarté un temps de ce leitmotiv solitaire, pensant naïvement que l’autre serait mon échappatoire, l’addition nécessaire pour résoudre l’adéquation de ma vie qui convergea bien évidemment vers le même résultat que toutes les autres. C’était un mensonge, une calomnie pure et simple visant à défaire mon coeur de toute attache.

Cette solitude n’est pas un choix, elle est ma malédiction et toi, belle Absinthe, sulfureuse et mortelle Absinthe, tu es mon cyanure. Je comprends maintenant, je crois en ta sainte parole à peine murmurée, savamment distillée qui berce mon âme rongée.
Tu n’es donc pas sans comprendre que je m’abandonne désormais à toi, je suis ton dévoué esclave, je t’offre ma servitude consciente, mon dernier asservissement et n’ai rien d’autre à t’offrir, ma liberté je l’ai déjà donnée. Alors oui, reprenons notre danse, cette valse décisive. Viens ma belle, couche toi dans ton lit translucide, c’est ça, rejoins mes entrailles. Je veux t’embrasser, plonger mes lèvres dans ton sang anisé, goûter encore à ta chaleur, que ton sucre soit ma douleur. Ne me quitte plus, Absinthe car si je dois partir ce soir, ce sera avec toi.

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Killian Salomon

Rédacteur / Auteur

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