Summerless

Une fresque métaphorique.

La nouvelle création d’Amir Reza Koohestani, Summerless, est le dernier volet d’un triptyque engagé avec Timeloss puis Hearing qui fait un état des lieux de la société iranienne en mêlant des récits intimes « ordinaires » à une plus « grande » histoire qu’est celle d’un pays marqué par les mouvements révolutionnaires.

Amir Reza Koohestani n’est pas un auteur ou un metteur en scène qui se lance dans de grandes envolées lyriques ou dans de grands coups d’éclat au plateau. Son travail est tout en retenue et il sait installer une lenteur qui donne corps à l’histoire qu’il veut raconter au public. Dans ses thèmes de prédilection, on retrouve le couple – Dance on Glasses mettait face à face deux jeunes en rupture amoureuse –, la mémoire – Timeloss tentait de reconstituer les brides d’une histoire passée –, l’éducation et la recherche d’une émancipation individuelle – Hearing plaçait son action dans un internat de jeunes filles où une règle de conduite avait été transgressée.

Summerless précipite ces notions dans un récit qui prend place dans la cour d’une école primaire où la surveillante générale a fait appel à son ex-mari pour recouvrir les slogans révolutionnaires peints sur les murs. Après une première couche de peinture blanche, l’homme dessine une fresque représentant une femme, un homme et une jeune fille se tenant tous trois par la main dans un simple élan joyeux. Cette fresque pourrait être tout à fait banale si ce n’est qu’une troisième protagoniste, mère d’une élève – l’enfant s’est prise d’affection pour l’homme –, interroge ses « origines » et installe un doute sur la nature des relations que cet homme peut avoir avec les enfants. Au rythme d’une année scolaire, mois après mois, l’histoire se complexifie et s’égrène dans un rythme qui s’étire de plus en plus.

Summerless © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon.

Amir Reza Koohestani invite le public à lire entre les lignes car en Iran il fait régulièrement face à la censure et n’est pas dans la revendication par des mots « directs ». Pour le public européen, cette façon d’aborder l’histoire peut paraître presque simpliste, et on peut quelques fois peiner à voir la portée de tel ou tel propos, mais la portée du récit réside dans la subjectivité qui demande un travail de réflexion a posteriori.

Ce récit métaphorique est superbement porté par les acteurs dont on perçoit toute la justesse et la sobriété. Il est cependant dommage de voir cet énorme travail de direction d’acteurs écrasés par une scénographie trop imposante que ce soit avec le très grand tourniquet placé au premier plan ou avec l’écran sur lequel est projeté la vidéo. La vidéo peine à trouver sa place car, contrairement à Hearing où les corps des comédiennes étaient captés au plus près de leurs expressions, ici elle dessert presque le récit en éparpillant l’œil du spectateur alors que les corps des acteurs se suffiraient à eux-mêmes.

Dans Summerless, Amir Reza Koohestani dresse un tableau tout en métaphores et en poésie qui mérite encore de grandir pour mieux s’affirmer.

Image à la Une © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon.

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Kristina D'Agostin

Rédactrice en chef de Carnet d'Art • Journaliste culturelle • Pour m'écrire : contact@carnetdart.com

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