Manifeste de l’élastogenèse

Genèse plastique et humaine.

LIVRE « Manifeste de l’élastogenèse », suivi de « Affirmer la splendeur enlaçante du monde » par Richard Texier aux Éditions Fata Morgana.

Richard Texier tire la singularité de son travail de deux révélations premières : le sublime tableau d’Yves Tanguy, Jour de lenteur et L’Extase matérielle de J.-M. G. Le Clézio. À partir de tels piliers, il prouve combien tout chaos invente son cosmos. Sa théorie en devient un « prospectus » à la Dubuffet afin de créer un lien surréaliste entre l’Astronomicum Caesarum de Petrus Apianus, la splendeur de la nature et l’incompréhension de ses forces en présence avec lesquelles il bataille encore et toujours.

Habité d’un désir cosmique, l’auteur y trouve le fondement de sa création et son « territoire de référence ». Spécialiste des codex pour embrasser le monde à la manière d’un Warburg mais doublé d’un fantastique pouvoir de poète, celui qui collectionne les livres d’astrologie, en a tiré son « élastogénèse » qu’il préfère – avec raison – au mot un peu laid de mou. Celui-ci est néanmoins à la base de ce qui crée nos champs opérationnels et stratégiques puisqu’il constitue la matière du cerveau.

« C’est donc ce truc mou » dit Texier qui reste la machine la plus fantastique qui soit. Mais à partir de cette matière l’artiste s’est intéressé par extension et entre autres aux mollusques lithophages : perceurs des pierres ils prouvent eux-aussi que le mou est toujours plus fort que le dur. Mais ils ne sont pas les seuls. Et dans les relations humaines elles-mêmes les êtres monolithiques, les « durs » sont très faciles à désemparer. Quant à ce qui est le plus mou dans la production humaine – le livre – il demeure plus résistant que les pyramides elles-mêmes. Il met en évidence la matière la plus molle qui soit : la pensée.

Texier a identifié ce concept d’élastogénèse et lui a trouvé son nom. L’auteur reprenant les mots de Matisse rappelle qu’elle est capable « de dire la fraîche beauté du monde » et du cosmos. Et si l’éloge du mou semblerait prêter à sourire, ce livre permet de comprendre « cette force non identifiée qui structure le monde ».

Celui qui a renoncé à réaliser des films, continue à proposer l’entrouverture d’un savoir par l’entremise de moments de voir qui n’offrent néanmoins ni miracle, ni répit. Tout restera « en l’état », un état absurde dans l’interminable approche d’évènements mais non de leur certitude. Images-archives, images-apparences cohabitent dans la quête à la fois d’images-fêtes et d’images-faits à la puissance esthétique indéniable. Elle traite sous un angle neuf la perversion (fantasmatique) du fétiche symbole de perte plus de résurrection.

Mais l’artiste double son œuvre plastique de textes conséquents. Et face aux stratégies qui cachent souvent des calculs en rapport avec le pouvoir qui les soutient, le ressort de sa théorie tient en des « phrases » dont le ressort est chaque fois le glissement sémantique en une quête identitaire qui replace l’homme dans le cosmos. L’auteur pose aussi la question de l’intégration de celui-là dans son milieu.

Existe donc là tout un art « politique » mais dont le but n’est pas de résoudre des conflits sociaux ou idéologiques. C’est sans doute pourquoi Texier se sent proche d’un Marcel Broodthaers, un des rares artistes qui créa des objets en soulignant leur degré d’aliénation. C’est aussi pourquoi il se rapproche tout autant d’un créateur très différent Zao Wou-Ki dont il n’est ni l’élève ni le suiveur mais l’ami intime avec lequel il aura peint si souvent avant la disparition de celui dont son livre Zao (Gallimard, 2018) est le plus puissant témoignage artistique et humain.

Image à la Une © Éditions Fata Morgana.

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