Sur un air de Wagner

Chez Doctor B.

EXPOSITION « Sur Un Air de Wagner » de Lucile Littot jusqu’au 21 juillet 2018 à la New Galerie, Paris.

L’excentricité et le sens commun, la modestie et l’érotisme, l’humour sauvagement morbide et la compassion trouvent dans l’œuvre de Lucile Littot leur point de convergence. « Sur Un Air de Wagner », exposition personnelle de l’artiste dans la New Galerie, s’articule autour de Doctor B, son alter-ego fictionnel.

Fruit de la culture pop hollywoodienne, dont les discours politiques de Meryl Streep et Natalie Portman font la partie aussi inséparable que les implants mammaires de Pamela Anderson et le bronzage de Paris Hilton, Doctor B est une chirurgienne plastique de Los Angeles, réunissant les caractères des personnages du cinéma américain et ceux de la comtesse Élisabeth Báthory, fameuse cannibale hongroise du 16e siècle.

Une dizaine de tableaux et statuettes céramiques à l’esprit de l’art brut y interprètent le même sujet : une femme allongée sur le dos, jambes écartées, bouche et parties intimes ensanglantées, mains tendues, sourire fou et yeux exorbités, rappelant la déesse hindoue Kali. Quelques autres – chandeliers, plateaux et vases rococo – témoignent des festins carnivores de la comtesse. Une paire de pantoufles blanches sales d’hôtel apporte son contribution à l’ambiance fétichiste de « Sur Un Air de Wagner ». Or, c’est la vidéo de publicité de Doctor B, diffusée depuis un petit écran au milieu d’une iconostase dorée, qui est son œuvre centrale. Au bord de la piscine, entourée de servantes et clients – jeunes filles et travestis à moitié nus, Doctor B loue avec l’accent italiano-hongrois (un petit hommage à Dalida et Cicciolina) les vertus de l’usage du sang des vierges dans la chirurgie plastique. Les visages de ses acolytes sont couverts de sang, lui, elle boit une coupe de la même substance.

Littot ressent envers son héroïne un sentiment ambigu: fascinée, un peu naïvement, par son mode de vie hédoniste et son indubitable beauté physique, elle se rend néanmoins compte de sa nature profondément pathologique et même, comme en témoigne la référence au compositeur allemand, fasciste. La critique envers la culture de masse, autant ancienne, que juste, est rarement faite d’une manière si pétillante et non-didactique.

Image à la Une © New Galerie.

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Nikita Dmitriev

Critique d’art basé à Paris, il écrit pour de différents périodiques: Code South Way, Inferno, Point Contemporain, etc.

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