À la recherche d’un désir perdu

Vivre dans un monde où la femme et l’homme seraient égaux, sans que la beauté et le sexe ne soient les critères majeurs qui nous régissent… Douce utopie.

Nous avons grandi dans une société où le sentiment d’égalité entre les sexes se veut fort. Première dissonance sur la partition, on a pourtant tous appris à l’école que les femmes, au regard de l’Histoire, n’ont acquis les droits dits fondamentaux, que depuis peu de temps. Pire, les décennies passent, et l’image de la femme semble toujours autant emprisonnée autour d’un idéal irréel de beauté et du sexisme ordinaire. Dans la rue, dans le métro, à la télévision ou dans les journaux, nous avons tout le loisir d’observer les mêmes messages subliminaux de la beauté féminine idéale, telles ces photographies de corps démembrés, où seules les plus belles parties sont exposées. Les mêmes normes de minceur, les mêmes clichés sur la femme, et sa condition d’être existant d’abord pour plaire avant de faire, sont comme rabâchés par les magazines spécialisés et les apôtres de la beauté parfaite.

Tant que nos esprits resteront ancrés dans un avilissement par la beauté, la femme restera d’abord un objet sexuel avant d’être une personne, et l’égalité de traitement et de considération ne sera jamais possible. Dans l’esprit masculin, avant d’être performantes, les athlètes sont « jolies ». Avant d’être talentueuses, les actrices sont « mignonnes ». Avant d’être écoutées, les femmes influentes sont « élégantes ». Tant d’adjectifs utilisés pour qualifier la beauté d’une femme avant même de s’intéresser à ce qu’elle est et ce qu’elle fait. Et, somme toute, un moyen très simple de ramener une femme tout en bas de l’échelle, là où l’on juge qu’elle devrait rester. Quelle criante expression de la défaite du féminisme… car il faudra encore de nombreuses décennies pour gommer cette condescendance des hommes envers les femmes. Comment est-il possible aujourd’hui d’invectiver une femme dans la rue suivant son degré de beauté ou de tolérer des commentaires injurieux à son égard ? Comment peut-on accepter que d’autres hommes justifient un viol par la façon dont les femmes s’habillent ? Combien de fois ai-je explosé en entendant qu’« elle l’avait quand même bien cherché en s’habillant ainsi »…

Il n’est pas ici question d’imposer un point de vue et de prétendre que c’est l’ultime vérité. L’idée est de faire réfléchir sur le rapport au sexe féminin, et sur toutes les blessures que l’on peut infliger, directement ou non, à l’âme d’une femme. Est-on toujours obligé de tout ramener au sexe et à la beauté dans le rapport à la femme ? L’intelligence et la personnalité ne sont-elles pas importantes ? Nous sommes formatés par des siècles de transmissions de codes comportementaux pour maintenir une domination forte sur les femmes. George Sand n’est pas dupe sur cette situation quand elle écrit : « les femmes reçoivent une déplorable éducation et c’est là le grand crime des hommes envers elles ». L’homme doit rester au-dessus de la femme parce qu’il en a toujours été ainsi. Tout doit être fait pour qu’elles restent des êtres inférieurs et faibles, qu’il faut dominer pour ne pas sentir sa virilité s’étioler. Un homme inquiet de la voir disparaître ne se montrera que plus agressif et méprisant envers le genre féminin. La femme n’est que le réceptacle génétique de la descendance masculine et aux yeux du sexe fort, elle doit le rester. Est-ce une part inamovible de notre inconscient ? Est-ce finalement ancré dans notre nature ?

J’ai l’impression que nous sommes esclaves du beau sexuel, qu’il régit nos vies et nos actes, alors même que nous revendiquons dans nos vies respectives l’indépendance de notre capacité à agir et réfléchir. Nous vivons une époque paradoxale où l’on nous explique la nécessaire égalité des sexes, tout en n’évoluant pas sur l’objectification de la personne féminine. La parole de ceux qui refusent que la femme soit un objet de plaisir semble se perdre dans l’indifférence générale du « qu’est-ce qu’on peut y faire ? ». Comme si, finalement, nous avions perdu ce désir d’équité entre un homme et une femme et que nous tous avions finalement décidé d’abandonner face à l’ordre établi. Désespérant…

Photographie à la Une © Julie Poncet.

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