Michel Seuphor

Le dessin en liberté.

Michel Seuphor, « Peintures et dessins », Galerie Le Hang’Art. Grenoble, jusqu’au 26 novembre.

On reconnaît toujours dans ses œuvres, cette souplesse de la main qui « glisse sur le parvis blanc du papier,  guidée par la rigueur de l’esprit » (De la modulation). Mais une rigueur sans règle et qui fait appel au jeu comme partenaire. Toute contrainte est éludée et en usant du repos des lignes horizontales, le créateur cherche plus à être qu’à faire dans la contemplation sereine de ce qui naît de sa main. C’est pourquoi chez lui la ligne horizontale n’est pas – et paradoxalement – toute droite, elle est ce qui sous-tend la structure de ses œuvres mais peut devenir par plissement une sorte d’onde dans l’immensité du blanc.

© Michel Seuphor.

© Michel Seuphor.

Seuphor crée toujours la même œuvre sans cesse renouvelée au sein de variations. Elles créent différents rythmes au sein de la répétition loin de tout dogme. Surgit un jeu, qui fait surgir l’enchantement de « mesures » de la morsure de la vie. Pour lui chaque ligne devient « un coup de dent  dans la chair vivre de la vie » (De la modulation), qui mord, illumine dans une liberté sans borne si ce n’est celle du rythme que donne l’ordre sans ordre des lignes : ordre de la tige qui jaillit plus que celle de la ligne d’horizon dont elle sort.

© Michel Seuphor.

© Michel Seuphor.

Tout entier dans le refus de la conformité et des modes Seuphor a su dire non à ce qui, en lui, n’adhérait pas au plus profond de ce qu’il ressentait et pensait. Il s’agit d’un acte d’indépendance sans lequel n’artiste n’est rien. Ce n’est pas là une position si simple, l’artiste le souligne lui-même lorsqu’il écrit : « demander à réfléchir est un cas pendable dans tout régime ou société close, tant religieuse que politique parce que cela pose le fait de la liberté, du non déterminé » (Penser c’est être libre). L’inconnu en effet fait peur à ce qui se considère comme achevé et suffisant en soi. Pour Seuphor, penser, créer c’est sortir du moule du mode et de soi. C’est pourquoi même s’il fait confiance à la raison l’artiste ne dit pas « je pense dons je suis » mais je sens donc je suis, je sens donc je contemple, je pense dons je suis plus que moi.

Photographie à la Une – Michel Seuphor.

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