Moi, Corinne Dadat

L’humanité dans une justesse saisissante.

Né d’une rencontre avec une femme ménage ce que porte Mohamed El Khatib sur le plateau avec l’histoire de Moi, Corinne Dada est empli d’humanité. Teinté d’humour, ce spectacle impose pourtant une étonnante gravité et des émotions poignantes prises dans une justesse saisissante.

À l’origine donc, une rencontre faite par hasard, celle de Mohamed El Khatib avec Corinne Dadat à Bourges en 2010, lui donne alors des ateliers de théâtre dans une salle d’un lycée où elle travaille depuis une trentaine d’années. Après quelques échanges que l’on pourrait qualifier d’un peu « secs » – Mohamed El Khatib demandant à Corinne Dadat : « Vous ne répondez jamais quand on vous dit bonjour ? », et elle lui répondant : « Non, vous savez combien de fois on ne m’a pas répondu ? » – une histoire commune commence à s’écrire.

Corinne Dadat a un profil assez banal, une ouvrière comme des milliers d’autres avec un « capital souplesse qui s’élève à 7, un capital lexical de 8, un capital capillaire de 25,8 mais un capital solidarité à 99 et un capital sympathie à 164 ». Elle a aussi son franc-parler, elle dit les choses comme elles viennent, sans filtres ni barrières. Corinne livre une histoire qui peut osciller entre réalité et fictionnel. Sur le plateau avec Mohamed El Khatib et Élodie Guézou, jeune danseuse et contorsionniste, les chemins de vie s’entremêlent notamment dans un temps bouleversant où Élodie Guézou semble maltraiter son corps comme une analogie à la fatigue physique ou au travail laborieux de la vie ouvrière. Ses paroles, « Je n’ai pas de plans, pas de projets […] Je ne suis pas plus fragile que la moyenne […] Si c’était à refaire est une question stupide », dites dans la contrainte corporelle font se dégager une profonde émotion non seulement dans la perception de la relation des personnes qui sont devant nous mais font également un fort écho à l’affect ou au vécu personnel.

Moi, Corinne Dadat © Marion Poussier.

La mise en scène est épurée, pas de superflus, pas de spectaculaire. Un témoignage livré presque à l’état brut, sans que celui ci ne tombe jamais dans le pathos. On n’est pas ici en voyeur de ce qui est présenté mais dans un moment de partage où l’on reçoit une histoire que l’on partage volontiers.

Le travail de Mohamed El Khatib avec une amateure fait écho à d’autres propositions récentes comme Sopro de Tiago Rodrigues ou Saïgon de Caroline Guiela Nguyen dans lesquelles des acteurs non professionnels se révèlent époustouflants et (enfin) mis sur le devant de la scène. L’aboutissement de ces véritables performances d’acteur issus d’un tout autre milieu montre à quel point le spectacle vivant mérite une ouverture et un développement à toutes et tous, quelles que soient les origines, les conditions, les catégories socioprofessionnelles. L’accès à une éducation artistique, sous toutes ces formes, demeure primordial quand l’on vit de tels moments comme dans Moi, Corinne Dadat.

Photographie à la Une © Marion Poussier.

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