Ruud van Empel

L’atmosphère inquiétante de la perfection.

Des œuvres de l’artiste Ruud van Empel, surgit une atmosphère perturbante quelque peu anormale. L’étrangeté provenant des effluves du bruissement de la nature environnante nous entoure petit à petit. La végétation est omniprésente, dense et fouillis. Il semble y avoir peu de place pour ces enfants immobiles et encore moins pour notre regard envahissant. On pénètre dans ce monde irréel dès que nos yeux se posent sur ces visages enfantins, à l’apparence naïve mais au regard pas si innocent. Les yeux sont insistants, pleins de questions et de brillance. Comme un titillement sourd et persistant qui commence à monter, à se propager en nous et à nous mettre mal à l’aise ; ces images effleurent notre peau laissant dans son sillon chair de poule et déconcertement. Pourquoi cette impression de surréalisme perturbe-t-elle à en devenir presque obsédante ?

L’irréalité tangible provient sûrement de l’hybridité du médium de l’artiste. À première vue ces œuvres pourraient s’apparenter à des peintures de portraits hyper réalistes et quelque peu idéalisés ; la peau est lissée, les yeux grands ouverts et les couleurs sont parfaites. Mais quand on plonge notre regard au fond des choses ; comme un corps à corps avec les lignes ; on se rend compte que les contours sont nets, les choses se dessinent. Ces images sont des photos, des portraits recomposés de toutes parts. Ces enfants n’existent pas. Cette végétation idéale et rêveuse ne pourra jamais être foulée de nos pieds.

L’artiste, tel un réel fabricateur d’images, pioche au gré de ses envies parmi ses photographies ; un nez, une bouche, des yeux, une feuille, une chevelure ou encore une fleur. La création de telles compositions idéales teintées de réalisme peut prendre entre deux et quatre semaines de travail. Au départ, Ruud van Empel photographie plusieurs modèles dans son studio avec la même lumière et la même pose. Quand il travaille en extérieur il va prendre en photo beaucoup d’arbres, de feuilles, de fleurs et surtout des gros plans. Façonnant ce monde quelque peu hallucinatoire sur Photoshop, la beauté émerge entre deux feuilles au ton verdoyant idéal et à la forme parfaite.

Quand perfection ne rime pas forcément avec paradis, les démons invisibles de la beauté festoient du côté obscur. Ces enfants ne semblent pas si naïfs. Ils paraissent nous attendre, immobiles jusqu’à ce qu’ils entendent le craquement de nos pas. Leur innocence leur a-t-elle été arrachée par tant d’envie d’idéalisation ? Leurs regards nous pénètrent, faisant tressaillir notre enfant intérieur. La candeur de la jeunesse intrinsèquement liée à la pureté de la nature nous jette en pleine figure ce malaise qui jaillit d’une trop grande perfection. Pourquoi ces enfants à l’air si angélique nous retranchent-ils dans cette peur tapie au fond de nous dont on ignorait l’existence ?

Photographie à la Une © Ruud van Empel (Brothers & Sister #4, 2010, Cibachrome, 120 x 120 cm).

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