Alsarah & The Nubatones

La nouvelle vague artistique sera africaine.

Samedi 1er avril 2017. Rendez-vous avec la chanteuse Alsarah, petit bout de femme, couronne crépue, regard intense, prestance de reine… Elle se produit sur la scène de Bonlieu Scène nationale Annecy le mardi 04 avril 2017.

Alsarah, la petite trentaine, est née à Khartoum au Soudan, a vécu au Yémen, et travaille aujourd’hui à New-York. Elle sème sa musique aux quatre coins de l’Afrique et partout ailleurs, comme ces graines emportées par les vents du désert qui viennent fleurir partout où la terre se rend fertile.
Auteure et interprète, ethnomusicologue de formation, sa musique, électrisante, dite « rétro pop nubienne » avec des accents nord-africains, parle d’exil, d’émigration, désirée ou forcée, d’amour, de joie, de souvenirs heureux…
Femme et artiste engagée, elle a participé au Nile project en Ouganda en 2014, une organisation non gouvernementale, se chargeant de relier les habitants, et les musiciens des onze états du bassin du Nil. Une expérience qui a permis d’insuffler une nouvelle dimension à son répertoire et de permettre la floraison des deux albums qui ont suivis (Manara, dernier album, fin 2016).
Le voyage est l’essence de sa caravane musicale et de sa poésie vibratoire, aux confluences multiples. Elle écrit ses chansons qui semblent venir d’un pays magique et onirique, portée par sa voix puissante et tellurique. Alsarah et son groupe, the Nubatones, est une invitation à se connaître, à se reconnaître et à dépasser toutes les frontières, physiques et mentales.

Entretien.

Vous chantez en arabe, votre musique est d’inspiration nubienne et d’Afrique de l’Est plus largement, un mélange de traditions et de modernité savamment orchestré (oud-tabla-bendir-guitare). Qu’est-ce qui vous inspire Alsarah ?

Le voyage, la rencontre… C’est pour moi la plus riche des expériences. Le fait d’avoir parcouru, rencontré, partagé avec d’autres artistes, de pouvoir combiner les approches musicales… Tout cela forme des ponts, nous construisons ces ponts, nous sommes les ponts. C’est très riche.

La meilleure chose dans le fait d’être un « migrant »  – c’est ce que je me considère être – c’est de pouvoir revenir dans son pays d’origine et le regarder : de l’intérieur et de l’extérieur, cette distanciation / proximité est instructive et constructive. Cela vous permet de bien plus apprendre de vous-même et des postulats que vous auriez sur vos concitoyens, qu’aucune autre façon.

Les musiciens du groupe sont d’origines différentes, cela génère une musicalité particulière, très « dépaysante » pour les occidentaux. Comment est reçue votre musique par les différents publics ?

Alors, c’est difficile de cibler exactement quelle sont mes influences mais assez pour dire que je suis totalement inspirée par elles !

J’ai le sentiment que les publics qui ne connaissent pas les musiques d’Afrique de l’Est sont avides de la découvrir. Alors je pense que mes concerts sont pédagogiques pour mieux appréhender ces cultures et leur permettre de les comprendre.

En revanche, quand je me produis en Afrique, je constate que le public est immédiatement connecté, concerné, même s’ils n’ont jamais entendu de la musique soudanaise, c’est familier pour eux, et moi je n’ai plus qu’à concentrer mon énergie sur mon chant et sur les musiciens car la foule n’a pas besoin qu’on lui « explique ». Plus largement, je pense que la nouvelle vague artistique sera africaine.

Photographie à la Une © Nousha Salimi.

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