Amore e Carne

Un jour nous redeviendrons à être.

Faire du théâtre, ce n’est pas comme faire une psychanalyse collective… et pourtant… c’est un peu sur ce chemin que Pippo Delbono emmène les spectateurs avec Amore e Carne comme une introspection sur la condition humaine.

Ce spectacle-concert est une rencontre entre le violon d’Alexander Balanescu et les mots qui parle des racines, de la terre, du père, de la mère, de la mort, des peuples, des exils. Dans ce récit fragmentaire, Pippo Delbono convoque et incarne dans sa chair de grands penseurs et poètes tels Artaud, T.S. Eliot ou encore Pasolini. En confrontant leurs écrits aux siens, le metteur en scène crée une alchimie qui reflète l’état du monde, de sociétés malades. Tous pourraient avoir en commun l’usage de la langue et a fortiori de la scène comme un besoin vital de dire et de faire pour mieux comprendre et sortir de cette sorte d’étouffement dans lequel le monde ne cesse de glisser par vague – plonger pour pouvoir respirer à nouveau n’est pas sans dangers.

Dans le travail de Pippo Delbono, la réflexion sur la condition des réfugiés se fait de plus en plus présente – que ce soit dans Vangelo, son film Évangile ou encore lors de ses prises de paroles entamant ses spectacles, comme ce fut le cas lors de la représentation de La Notte. Est-ce que certains pays peuvent encore se revendiquer de terres d’accueil – quand les populations baignent dans un climat de méfiance ? Est-ce que nous savons vraiment nous poser les bonnes questions – quand la méconnaissance de l’autre et des raisons de son exil prennent le dessus ? Créé en 2011, Amore e Carne s’inscrit plus que jamais dans cette réflexion en la mettant en parallèle avec notre propre condition personnelle qui se retrouve bousculée à des endroits sensibles. Un jour nous redeviendrons bel et bien à être au-delà des différences (de physique, de langage ou d’origine), et ce dans un amour qui peut habiter toute chose et tout être.

Entre moments de légèreté et d’autres plus « pesants », le metteur en scène et le violoniste dialoguent en composant une mélodie poignante à partir de laquelle le public peut continuer à échanger…

Photographie à la Une © Jean-louis Fernandez.

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Kristina D'Agostin

Rédactrice en chef de Carnet d'Art • Journaliste culturelle • Pour m'écrire : contact@carnetdart.com

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