Corps Éternels

Matière dite morte, chair dite vivante.

Exposition « Corps Éternels » jusqu’au 20 octobre 2017 à la Ferme de Bressieux, Bassens.

L’aventure du corps dans la sculpture reste essentielle. Son dessein est de tenter de franchir sa clôture et traverser sa frontière par effet de surface et de volumes. C’est pourquoi sa construction est toujours à reprendre. À la Ferme de Bressieux, les deux commissaires de l’exposition (Kristina D’Agostin et Antoine Guillot), par le retour au passé le plus fort (celui d’Auguste Rodin), engagent la langue plastique vers un avenir. Les artistes réunis et choisis à dessein – Annie Berthet, Faber, Nicolas Lavarenne, Thierry Ligismond, Marc Petit, Olivier Roller et Yan Zoritchak – traitent avec incandescence une identité décuplée.

Le corps devient une cible à proprement parler, sa saisie relève de la concentration et de la précision du tir à l’arc là où jaillissent parfois de nouvelle versions du martyr de Saint Sébastien (section corps martyr) mais celles, le plus souvent, d’autres opérations (entendons ouvertures) au sein des quatre autres sections (corps contraint, vivant, sexué, libéré). Les créateurs donnent au corps et à la mémoire de Rodin un sens qui échappe tant à la nostalgie qu’à l’exotisme de façade par leurs « re-présentations ».

La forme est plongée par sa poésie dans une urgence politique et sociale. La sculpture brise, entrave ou exhausse instincts de vie et de mort, volonté d’être libre ou ne pouvoir que se cacher. Les artistes font sortir bien des faces secrètes par la « choséité » (Beckett) de la sculpture. Elle pose ici la question de la visibilité à travers l’épaisseur par delà les jeux de surface. Il s’agit tout autant d’occulter le muséal, le marmoréen, la figure poétique éculée pour densifier le substrat du corps afin de cerner de plusieurs côtés sa perte tout comme de laisser le champ libre à tout ce qui pourrait advenir : d’où les postures choisies par les créateurs pour ce lieu d’exposition d’une clarté exceptionnelle.

Les artistes incarnent un réalisme particulier en jouant des effets de strates et des impressions que celles-ci peuvent offrir. Créant un pont entre le réel et ce qui lui échappe, entre l’art et son image espérée ou attendue, et au moment où la figuration médiatique fait loi, ils plongent en un univers de nécessaires ambiguïtés figurales et décalages.

L’exposition fait du spectateur un être à la fois libre et aimanté. Dégageant des épaisseurs de part d’ombre, les artiste scrutent les voies qui conduisent de l’obscur à l’illimité, explorent les envers d’une réalité dont la face lumineuse ne contient pas tous les secrets. Les œuvres retenues sont au service de bien des paroxysmes et des ruptures. L’objectif des deux commissaires et de leurs invités est donc essentiel : arracher le regard à la passivité organisée, offrir une volonté de combattre. Le tout pour sortir le spectateur de son état de « poulpe au regard de soie » (Lautréamont) et le corps de son immobilité soustractive.

Image à la Une © Carnet d’Art.

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