Les météores

Julien Chevallier - Eclats d'eau

songes aveugles.

Au-dessus le vide, en-dessous le creux. Je prends doucement conscience de la réalité. Ecrasé par l’infini, je me sens faible, petit, ridicule. Je projette mes pensées là-haut, vers cette surface muette et scintillante. J’ai le souffle court. Ma main caresse l’herbe humide sur laquelle nous sommes allongés. La fumée de nos cigarettes se dissipe paresseusement dans l’air chaud de l’été. Les volutes se transforment en nuages, elles s’élèvent doucement, se fondent dans la nuit. Tout se dissipe ; la fumée, le sol, le désir, nos paroles. Le silence nous englobe. Ce silence qui semble peser des tonnes, qui plaque ma main sur ma poitrine. J’ai une bombe à la place du coeur. Je la sens vibrer sous mes côtes, son tic-tac résonne dans mes chairs. Mais je suis le seul à l’entendre. Rien n’échappe au tumulte intérieur, je suis une église froide et tremblante.

Au loin, le spectre d’un lampadaire éclaire de sa lueur malsaine la route déserte. Nous sommes seuls. Toi, puis moi. Il y a deux minutes nous étions tout. Toi, et moi. Abandonnée sous le ciel noir, l’étreinte fût brève, puissante, sans témoins. Aucune lune pour nous épier, le cyclope nacré a détourné le regard, fuyant notre espoir, imposant à nos êtres l’écrasante vérité de notre solitude. Je me demande si je pourrais m’envoler, là-bas au plus haut du vide. Je me demande si je pourrais te laisser, te voir m’échapper, te contempler à travers le soleil. J’aimerais être un corps céleste, échapper à cette condamnation terrestre. Je me vois déjà dériver dans le noir, les astres blancs courant sur ma peau. Le vide comme voyage, l’absence comme naufrage. Pourtant, je ne bouge pas. Paralysé par la peur je suis cloué au sol. Je respire, tu respires aussi, je crois. Je ne te vois pas mais je sens errer ton regard. Que vois-tu ? Perçois-tu mon reflet dans le ciel ? Ressens-tu l’évaporation de ma conscience, ma non consistance ? Non, tu ne vois rien, car il n’y a rien à voir. Je ne suis pas la lumière que j’espère, je ne suis pas l’élévation, je ne suis pas la rédemption. Je ne suis ni l’univers, ni le monde. Je suis un espace fini, déterminé, sans failles et sans passerelles. Rien que moi et c’est tout. Un objet qui dérive. C’est ça, je suis l’éclipse de mon âme, une comète qui se désintègre. Je gravite autour de toi, je pénètre ton attraction, je caresse ton atmosphère, je me brûle sur ta chair. L’infini est suspendu au-dessus de nos têtes, attendant de nous aspirer. Instants partagés, lèvres convoitées, caresses épuisées, il ne faut plus penser. Ne plus penser que tout cela est vain, que tout cela n’est rien. Futiles promesses à l’ombre du pêché, nous espérons pourtant survivre, nous essayons d’y croire.

Nous sommes nus, nous sommes jeunes, nous sommes beaux sans doute ; frais et vulnérables. Pourtant, nous ne changerons pas le monde, nous ne sommes qu’un fantasme. Un rêve de plus sous la voie lactée. Pourtant, je voudrais hurler. Je voudrais m’exploser la tête contre le bitume. Je voudrais me briser le corps, déglinguer cette salope de conscience, l’éventrer à coup de dents. Je suis un météore prêt à exploser sur ta surface. L’impact sera incroyable, le cratère immense, les dégâts considérables. Je suis un ange décharné, un diable apprivoisé. Je suis mortel, je suis la Terre qui a cessé de tourner. Je suis ici, à tes côtés.

Nous avons fait l’amour, rien qu’une seule fois. Le roulis a cessé. Tu regardes les étoiles et tu te demandes si tout cela à un sens, s’il est même nécessaire d’en chercher un. Je suis ici, à tes côtés. Je ne dis rien.

Je t’aime.

Aux Lointains Espoirs II

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Killian Salomon

Rédacteur / Auteur

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